Les Parias: Chapitre I, Départ (5eme partie)

Mikaël en avait assez, et pourtant ils n’étaient qu’à mi-chemin. Il en avait assez de porter sa combinaison de vol en permanence, excepté dans le petit caisson sécurisé qui leur servait de salle de bain. Assez de manger des rations lyophilisées et assez rester assis à en avoir mal aux fesses. En plus il avait hâte d’arriver pour avoir des informations précises sur la situation. Volstok avait passé le plus clair de son temps en croisière depuis la grande agression ofitane et n’avait pas d’informations précises à lui donner. De plus, à leur arrivée, il rencontrerait les pilotes qui viendraient compléter son escadrille, leur intégration serait primordiale pour la survie des Parias. Son regard fit le tour de la cabine, Cow Boy dormait, il avait arrêté d’asticoter ses ailiers quand Tawara s’était énervée et avait répandu le contenu de son sac dans toute la navette. Les deux femmes échangeaient leurs impressions quant aux trouvailles qu’elles avaient faites à l’hôtel. Faërie avait à la main un mignon petit cendrier tandis que Prishka examinait une jolie lampe décorative. Sean pour sa part lisait l’énorme bouquin qu’il n’avait pas lâché depuis leur départ. Corsaire allait s’assoupir quand une sirène retentit dans le cockpit. Volstok sortit en catastrophe de la “salle de bain”, Mikaël le suivit et se pencha entre les sièges. ‘’Qu’est ce que c’est ? 

_ L’alarme anti-collision, répondit le copilote.

 

_ Accrochez-vous, lança Volstok en bouclant son harnais, on repasse sous la croisière.’’ 

La décélération brutale fit voler tout ce qui n’était pas fixé dans la cabine, y compris Corsaire. Les autres pilotes, qui avaient eu le temps de s’agripper à quelque chose, vinrent l’aider à se relever. Un cri s’échappa du cockpit : ‘’ Mettez vos casques ! On a un problème.’’ Les pilotes obéirent immédiatement, scellant par là même leurs combinaisons pour prévenir toute dépressurisation. Corsaire se précipita vers le cockpit. Les deux hommes semblaient se disputer : ‘’ Môsieur Volstok dit qu’il faut emprunter les itinéraires secondaires. Je le préviens que tout le monde aurait la même idée. Mais non, Môsieur à raison. 

_ Calme toi Saraji. Je ne pouvais pas savoir quand même. 

_ Si tu m’écoutais de temps en temps…’’ 

Corsaire les laissa à leur conversation et scruta l’Espace. Il vit un destroyer, le même modèle que celui qui avait attaqué leur station. Il était accompagné de chasseurs, ces derniers venaient de changer de cap pour intercepter la navette. ‘’ Qu’est ce qui se passe ? demanda calmement Prishka. 

_ Trois fois rien, juste un destroyer ofitan et … huit chasseurs. 

_ On est maudits ou quoi ? fit Tawara. 

_ Plus tard ! Tous aux tourelles, ordonna Corsaire, ne laissez pas d’angle mort !’’ Puis à Volstok : ‘’ Sortez-nous de là, on les tient à distance.’’ 

Les pilotes se précipitèrent à leurs postes et activèrent les armes. Tawara regrettait presque l’excellente qualité du système com de la navette, les respirations de ses équipiers lui parvenaient aussi nettement que s’ils étaient à son oreille. ‘’Contact avec les chasseurs dans deux minutes, annonça Volstok.’’ Faërie fit jouer ses doigts sur les commandes de la tourelle. Elle sentait la peur se nouer au fond de son estomac, elle se concentra pour la dominer, l’empêcher de s’étendre et de la paralyser. ‘’ Contact dans une minute. Destroyer sur vecteur d’interception.’’ Elle envia un moment Jack, il semblait ne jamais avoir peur, mais elle se ravisa, cette peur l’empêchait de faire les mêmes bêtises que lui. Elle remarqua le calme dans la navette, elle sourit, le calme avant la tempête. Puis, l’enfer se déchaîna. 

Les chasseurs ofitans ouvrirent le feu dès qu’ils furent à portée. Le pilote de la navette s’engagea dans une série de tonneaux et de barriques pour éviter les tirs. Puis il jeta son appareil en plein dans la formation ennemie et mit le cap droit sur le croiseur. “La vache !” s’exclama Cow Boy en voyant la manœuvre sur l’écran tactique de son poste de tir. “Ce type est complètement fou ! 

_ Tais-toi et tire ! 

_ Compris.” 

Jack put observer en détail les chasseurs qui passaient prêt du transport. Il n’avait pas pu les examiner de près lors de leur combat précédent. Là il les voyait passer et repasser sous son nez. Ils ressemblaient à un rapace en plein vol, juste au moment où ses ailes sont au plus bas. Un peu comme quand les enfants dessinent des oiseaux sur leurs paysages pensa le pilote. Il envia les pilotes Ofitan, ils pilotaient de belle machines, rapides et maniables. De plus ils étaient beaucoup plus indépendants des vaisseaux mères que les chasseurs humains, en effets, ils avaient la capacité de voler en croisière et une autonomie leur permettant d’accompagner la patrouille d’un destroyer. De fait, jamais Cow Boy n’avait entendu parler de porte vaisseaux ofitans. Malgré tout ses efforts, le pilote n’arrivait pas à ajuster son tir, il s’énerva soudain : ‘’ Bon sang ! Ils sont trop rapides ! 

_ On s’en fou, répondit Corsaire, le but c’est de les empêcher de nous approcher. Volstok, combien de temps avant de pouvoir passer en croisière ? 

_ Dès qu’on se sera assez éloignés du destroyer. On doit rester en palier le temps de l’accélération, il nous abattrait sans problème. 

_ C’est pour ça qu’il se dirige en plein sur lui, protesta Cow Boy. 

_ Ferme-la et laisse le faire son boulot, intervint Prishka. Contente-toi de tirer.’’ 

La navette fonçait contre toute logique vers le destroyer en tentant d’éviter les tirs des chasseurs lancés à sa poursuite. Les cinq tourelles actives tiraient sans discontinuer sur les ofitans. ‘’ On dirait vraiment une grosse banane, remarqua Cow Boy en parlant du destroyer. 

_ Tu peux pas t’empêcher de dire des conneries,” pouffa Tawara. 

Mais Jack avait raison : les destroyers ofitans, construits en largeur contrairement à ceux des humains, ressemblaient à une banane noire de trois cents mètres ou un croissant de lune couché les pointes en bas. A ceci près que les faces supérieure et inférieure étaient planes, uniquement bosselées par les tourelles lasers et les sabords lance-missiles. Au sommet de la partie centrale s’élevait une excroissance longiligne et oblongue où se trouvait la passerelle. Toutes les autres sections de la coque étaient convexes, comme si la pression interne repoussait les parois. Les vaisseaux faisaient quatre vingt mètres de haut au point plus large pour s’affiner à une trentaine de mètres aux extrémités. Mais tout comme les chasseurs les grands bâtiments ne présentaient aucun propulseur apparent. 

La navette se jeta sous le destroyer en vol inversé, serrée par les tirs défensifs. Les chasseurs lui laissèrent un peu de répit, de peur d’être touchés par un tir ami. Quelques secondes après, le mulet sortit de l’ombre du vaisseau ofitan. ‘’ On est passés ! s’enthousiasma Tawara, j’y crois pas. 

_ Attention ! signala Prishka depuis la tourelle arrière, les chasseurs reviennent.’’ 

Les appareils, se jetèrent telle une meute sur le TSP. Le destroyer commença à faire demi-tour, mais son inertie rendait la manœuvre trop lente pour qu’il puisse se maintenir à distance de tir. “Volstok, les boucliers faiblissent, prévint Saraji 

_ Calme-toi ! Encore quelques secondes et nous serons hors de portée.’’ Une sirène retentit dans la carlingue. ‘’ Plus de bouclier latéral tribord, signala le copilote. 

_ Faërie, ordonna Corsaire, passe le contrôle de ta tourelle à bâbord. Et barre-toi de là.’’ Elle obéit sans protester. 

Pendant ce temps, Voldstok multipliait les tonneaux pour présenter ses boucliers encore opérationnels aux tirs ofitans. Pendant trente interminables secondes les occupants de la navette retinrent leur souffle. Enfin le pilote poussa sur le levier de la croisière et les lasers mortels se perdirent dans l’espace. 

Les pilotes se détournèrent des postes de tirs. Il régnait un vrai capharnaüm à l’intérieur du petit vaisseau, le compensateur de gravité qui assurait aussi la pesanteur artificielle avait été coupé durant le combat pour accorder le maximum d’énergie aux armes et aux boucliers. ”Bon sang, on a eu chaud. Personne n’est blessé ?” demanda Mikaël en observant ses subordonnés se mettre à la recherche de leurs affaires. 

“Si, répondit Tawara, regarde mon cendrier.” Le petit objet en céramique était brisé, elle ramassait les morceaux avec une moue dépitée. Corsaire prit un air compatissant, puis il demanda à Volstok qui venait de quitter le poste de pilotage : “A part le cendrier, il y a de la casse ? 

_ Le bouclier droit a grillé, répondit le pilote, à part ça tout est en ordre. 

_ On l’a échappée belle. Pas mal le pilotage, le félicita Mikaël, pourquoi tu ne t’engages pas dans la chasse ? 

_ Merci, mais j’ai besoin d’espace. Jamais je ne tiendrais dans vos fichus cockpits. 

_ Dommage, dit Sean, t’es un sacré bon pilote. 

_ Si vous croisez un amiral dites-le lui, je ne serai pas contre une augmentation. Bon je vous laisse, je vais prendre ma douche.” 

Mikaël s’assit et laissa sa tête reposer en arrière sur la paroi de métal. Du coin de l’œil, il vit Sean sortir de son sac un petit cendrier et le tendre à Tawara. Corsaire esquissa un sourire et ferma les yeux. 

  

*** 

  

Le reste du trajet se déroula sans incident et, six jours plus tard, la navette repassa sous la croisière à proximité de la planète bleue. Contrairement à l’orbite dégagée d’Abalak, celle de
la Terre était encombrée de cuirassés lourds entourant la planète tels des chiens de garde, d’impressionnants transporteurs attendant un amarrage aux immenses docks orbitaux et de stations de défense ou d’habitation plus grandes encore que celle d’Abalak. S’y trouvait également deux grands chantiers qui avaient visiblement beaucoup soufferts lors de la ‘’Grande Agression’’. L’astre était en outre entouré de milliers de vaisseaux civils et de navettes qui rendaient la navigation aussi folklorique que dangereuse. La légende voulait que les régulateurs spatiaux du contrôle terrien finissent tous à l’asile et intoxiqués à la caféine. 

“Enfin arrivés, souffla Corsaire. 

_ Sean, dit Tawara, on est chez toi, tu nous feras visiter ? 

_ Pas de problème fillette, répondit-il souriant, ça fait du bien de rentrer. 

_ Ça se fête, remarqua Jack, vous voulez quoi ?” 

Joignant le geste à la parole, il sortit de son sac les mignonnettes récupérées dans les minibars du Régence. Et pendant que les pilotes trinquaient, la navette plongea vers
la Terre en slalomant entre les satellites et les vaisseaux qui encombraient l’orbite. 

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Auteur:

Falc'hun


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